Les 5 idées reçues du tourisme durable

Fanny est une toute jeune travel planner et créatrice d’Explo’Vert. Elle est la main tendue vers tous ceux qui souhaitent voyager différemment, dans le respect de l’Homme et de la Terre. Après 2 longs voyages en Australie et en Iran, elle a pu observer l’impact du tourisme sur l’environnement, voilà en partie ce qui la motive à changer sa vision du voyage et à accompagner tous ceux qui le souhaitent.

Le tourisme durable est chargé d’idées reçues, souvent bien loin de la réalité. Si, toi aussi, tu voyages de façon responsable, je pense que tu as déjà entendu des gens te dire que tu dois sûrement t’ennuyer pendant tes voyages ou que tu dois être content de retrouver ton confort. Pourtant, qui a dit que le tourisme durable était forcément inconfortable et ennuyeux ? Personne, sauf ceux qui ne l’ont jamais pratiqué et qui pensent que : tourisme durable est égal à prise de tête et inconfort.

Parce que j’en ai marre d’entendre ce genre d’affirmations non fondées et surtout parce que je veux démocratiser le tourisme durable, aujourd’hui, je viens casser toutes les idées reçues qu’il existe autour du tourisme durable. Dans cet article, je vais te parler du confort, du prix, de l’ennui, de l’éco-tourisme et du tourisme solidaire.

tourisme durable

Idée reçue N°1 : Le tourisme durable c’est inconfortable

Dans l’esprit commun, le tourisme durable est une forme de tourisme inconfortable de différentes manières. L’image qu’ont les gens, de façon générale, est que lorsque l’on voyage de façon responsable, on part avec un van, une mandoline, 50 L d’eau, pas de douche et on dort à la belle étoile. Je vous arrête tout de suite, vous n’êtes pas obligés de partir en van ou en camion aménagé, sans eau ni électricité pour pratiquer le tourisme durable.

Je trouve que c’est un peu comme l’idée longtemps ancrée dans notre société, que les personnes qui avaient des valeurs écologiques, souhaitaient retourner à l’âge de pierre et se couper de toute forme de modernité. Heureusement depuis cette idée a « disparu » ou presque, le but est d’en faire de même avec le tourisme durable.

D’ailleurs, pour en revenir au van ou camion aménagé sachez qu’il n’a d’écologique que la lenteur qu’il oblige, à la différence de l’avion. En fonction du modèle choisi et du nombre de voyageurs à l’intérieur de ce véhicule, un van peut polluer autant qu’un avion. 

Sachez qu’il existe une gamme très large d’offres touristiques durables en ce qui concerne les prix et le niveau d’engagement des entreprises.

Prenons l’exemple des hébergements touristiques, certains sont très engagés et ont pensé à tout : l’éclairage, la gestion de l’eau et des ressources de manière plus globale, la mise en place d’un refuge LPO, la literie, les draps de lit et de maison, la table d’hôtes (produits locaux et de saison, fait maison…).

D’autres, vont se concentrer sur certains efforts et s’améliorer au fur et à mesure du temps, notamment grâce à leur capacité d’investissement au moment venu. Ils vont commencer par la mise en place d’un petit-déjeuner bio et local, puis supprimeront tous les déchets de ce petit-déjeuner. Un peu plus tard, ils mettront en place des panneaux solaires, etc.

Tous ces investissements et ces efforts n’imposent en rien un manque de confort. D’ailleurs ces efforts sont souvent invisibles si vous ne prenez pas le temps d’en parler avec vos hôtes.

Parallèlement, vous pouvez aussi choisir de partir pour une expérience minimaliste et un confort modéré avec un van, un camping-car ou un camion aménagé. Chacun voyage comme il l’entend et comme il le souhaite !

Retour d’expérience :

En janvier 2020, lors d’une soudaine envie d’aventure et d’escapade, nous sommes partis dormir dans une cabane de trappeur dans le parc régional des Baronnies Provençales. Dit comme ça, vous pensez que c’était vraiment inconfortable, j’en suis sûre, on sait tous à quoi ressemble une cabane de trappeur. Pourtant, détrompez-vous ! Nous avons dormi dans un lit ultra confortable avec des couettes ultra chaudes, des draps super douillets. Le tout était super écologique, car les hôtes ont pensé à tout : literie française et écologique, draps de lit en lin et français. Toutes les cabanes de cet hébergement ont été construites par l’hôte lui-même en harmonie avec le paysage et dans les règles de l’art. Les WC sont des toilettes sèches, qui ne sentent absolument pas mauvais (en voilà une autre idée reçue) car très bien entretenues. En revanche, nous avons choisi la cabane sans chauffage et la plus rustique, car nous avions envie d’aventure à ce moment-là. Mais nous aurions pu choisir une autre cabane avec encore plus de confort. Tout est une question de choix et d’envie au moment de votre voyage !

tourisme durable cher

Idée reçue N°2 : Le tourisme durable c’est cher

Alors oui et non, c’est un peu comme le confort et l’inconfort, chacun ses choix. En effet, en fonction des choix que vous ferez vous allez payer plus ou moins cher votre séjour responsable.

Comme je le disais un peu plus haut, les actions mises en place par les différents acteurs vont avoir un impact économique, en tout cas au démarrage et donc se rapporter sur le prix que vous allez payer. Je pense toutefois qu’il faut savoir payer le prix, lorsque l’on veut agir pour l’environnement. Si on n’est pas prêt à mettre le prix alors il faut adopter d’autres actions dans notre propre consommation pour limiter notre impact.

Je m’explique, si vous ne souhaitez pas (ou ne pouvez pas) investir dans un hébergement 100 % engagé et que vous choisissez un hébergement chez Airbnb, par exemple, alors quelques bonnes actions peuvent être pensées pour limiter votre impact. Tout d’abord, choisissez un hébergement « chez l’habitant » et pas un logement seul. Ce choix est engagé car il ne participe pas à la flambée des prix que l’on peut observer dans de nombreux centres-villes européens qui fait fuir les locaux et dénature les quartiers. De plus, c’est une bonne solution pour connaître les coutumes locales, comprendre la culture du pays ou de la région que vous visitez. C’est également l’idéal pour découvrir votre destination autrement, avec l’œil d’un local qui pourra vous donner énormément de conseils sur les choses à faire et à voir, sûrement différentes du circuit touristique classique, proposé partout.

Ensuite, vous avez le pouvoir sur votre consommation : on évite les boutiques souvenirs made in China et les cadeaux en plastique, on favorise l’achat de produits locaux et en circuits courts. On se rend dans les différents marchés et on cuisine du fait maison. Sinon, on choisit des restaurants qui proposent des produits locaux, frais et du fait maison. Petit indice pour être sûr de manger dans un restaurant engagé : les cartes sur un tableau ou en papier qui changent toutes les semaines voire tous les jours.

Enfin, on pratique des activités slow, qui ne vont pas nécessairement vous coûter de l’argent. Je pense à la randonnée par exemple, qui est un très bon moyen de faire de l’éco-tourisme, c’est-à-dire comprendre le territoire, la faune et la flore locale afin de pouvoir la protéger et qui ne coûte pas un centime !

Tout est une question de mesure, de possibilité et d’envie. Vous pouvez faire un voyage durable qui vous coûtera très cher, mais vous pouvez aussi faire un voyage durable qui ne vous coûtera presque rien.

Et parce que je sais que l’on aime dépenser le moins d’argent possible, voici un voyage type qui vous coûtera peu d’argent :

  • Partez près de chez vous en van ou camping-car
  • Séjournez seulement dans des petits campings à taille humaine (ou encore moins cher sur des spots publics et gratuits)
  • Faites vos courses sur les marchés ou auprès des petits producteurs locaux et faites vous à manger tout au long du séjour
  • Pratiquez des activités de pleine nature qui ne vous coûteront rien : randonnée terrestre ou aquatique, visite des centres-villes ou villages, flânez au bord de la rivière ou de la mer, partez à la découverte d’un lac et jouez à des jeux de société…
  • Ramenez seulement des souvenirs utiles et que vous allez aimer offrir à vos proches.

À prendre en compte dans le budget : essence, nourriture, nuit en camping (optionnel – comptez à peu près 20 € / nuit en France), souvenirs (optionnel) et c’est tout !

Mettons fin à cette idée reçue sur le tourisme durable : non ce n’est pas un tourisme plus cher que le tourisme de masse ! Au contraire, car si l’on veut pratiquer le tourisme durable, c’est que l’on fait attention à sa consommation, on consomme donc moins. Si l’on consomme moins, on dépense moins, CQFD !

tourisme ennuyeux

Idée reçue N°3 : Le tourisme durable c’est ennuyeux

Je réponds de suite et après, je vous explique ! NOOOOOON ce n’est pas vrai du tout, du tout. Cette idée reçue n°3 est sûrement l’une des plus répandue dans l’idée générale que l’on se fait du tourisme durable. MAIS NON, le tourisme durable n’est pas ennuyeux.

Ok, merci Fanny, peux-tu développer ? Oui, j’y viens. Sachez que le tourisme durable est un concept et non un type de tourisme en tant que tel. C’est une façon de voyager différente du tourisme dit “de masse” mais qui est tout à fait applicable au site et aux activités du tourisme de masse.

Donc, en fait, on peut partir dans des destinations très touristiques et pratiquer le tourisme durable car la différence avec le tourisme de masse va être sa saisonnalité, les acteurs que vous allez choisir, votre façon de consommer sur place et son volume.

Je vais essayer d’être plus claire parce que je sens bien que je suis en train de vous perdre. Voici quelques exemples de ce que l’on peut faire pour pratiquer le tourisme durable et ne pas s’ennuyer :

  • Partir hors saison pour éviter d’avoir une masse de population difficile à assumer pour les destinations et qui détruisent sans conteste les territoires
  • Choisir des acteurs touristiques locaux, à taille humaine
  • Choisir des acteurs touristiques qui vous proposent des activités en petit groupe
  • Choisir des activités qui sortent des sentiers battus, authentiques et qui vous permettent de comprendre la culture du pays visité
  • Privilégier des hébergements éco-responsables
  • Éviter au maximum les grandes chaînes hôtelières
  • Éviter les logements individuels sur Airbnb
  • Voyager de façon slow
  • Penser à faire de l’éco-volontariat, afin de participer à des actions qui ont du sens tout en voyageant

En changeant votre façon de voyager et votre façon de voir le voyage vous allez vivre des expériences riches en rencontres et en authenticité. Vous allez rentrer plein.e.s de leçons de vie, plein.e.s d’humilité et des souvenirs plein la tête.

En voyageant de manière responsable, vous allez vous apercevoir que le voyage ne s’arrête pas à la plus belle photo que l’on prend pour partager sur Instagram et donner envie à la terre entière de s’y rendre. Ceci est le job des blogueurs voyage, c’est le job de tous ceux qui veulent promouvoir une destination plus qu’une autre. Vous, vous avez déjà votre job, le but de votre voyage est de profiter pleinement de ce que la destination, que vous avez choisie, a à vous offrir, de déconnecter et de vous ressourcer à 100% pour repartir à fond dans votre quotidien.

Vous verrez, pratiquer le tourisme durable n’est pas ennuyeux mais enrichissant !

écotourisme

Idée reçue N°4 : Le tourisme durable c’est de l’éco-tourisme

Ce n’est pas tout à fait vrai, car le tourisme durable est un concept qui englobe certaines formes de tourismes alternatifs dont l’éco-tourisme. Alors pour résumer, l’éco-tourisme est une forme de tourisme durable mais le tourisme durable n’est pas de l’éco-tourisme.

Et comme il me tient à cœur de rectifier cette pensée commune, j’aimerais rentrer dans le détail en ce qui concerne l’éco-tourisme. Normalement, si vous lisez cette partie de l’article, vous ne ferez plus jamais l’erreur de penser que le tourisme durable est de l’éco-tourisme.

L’OXFAM le définit comme « un tourisme basé sur la découverte de la nature et des cultures traditionnelles qui règnent dans les espaces naturels. Il comporte une part d’éducation et d’interprétation et doit faire prendre conscience de la nécessité de préserver le patrimoine naturel et culturel. Il s’agit d’un tourisme centré sur l’environnement. » Cette forme de tourisme ne prend pas en compte l’aspect économique pour les populations locales. De ce fait, un des piliers du développement durable n’est pas pris en compte dans cette définition.

Toutefois, ce terme étant utilisé de manière erronée, il est considéré comme du tourisme durable. Prenons un exemple simple, certaines agences de voyage vendent des séjours éco-touristiques car ils se déroulent sur des sites naturels. Pour autant, les activités proposées ne respectent pas l’environnement avec, par exemple, la pratique du 4X4, du quad ou du buggy sur des plages protégées du Brésil. Ce genre de pratique a des conséquences directes sur l’environnement et les voyageurs. Je m’explique : avec ce type d’offre, le voyageur mal informé est persuadé de partir en voyage de manière durable, il a bonne conscience ; or, il n’en est rien. Avec le temps, il continuera à porter de l’attention à ces offres et ne sera pas vecteur de changements.

Pour ajouter une idée reçue à cette idée reçue, une majorité de personnes pense que l’éco-tourisme se pratique seulement dans des destinations exotiques et plus précisément au Costa Rica ! Mais vous pouvez pratiquer l’éco-tourisme en France. Pour commencer, faisons le point sur nos richesses naturelles. La France c’est 11 Parcs Naturels Nationaux et 51 Parcs Naturels Régionaux.

L’éco-tourisme a une valeur éducative très importante et si nous ne pouvons pas partir accompagné.e.s de naturalistes ou biologistes à chaque fois, nous pouvons trouver d’autres ressources. Voici quelques idées :

  • Prendre le temps de lire les panneaux explicatifs au début des randonnées. Souvent, ils nous donnent des informations sur la faune et la flore que l’on peut observer lors de nos balades
  • Passer à l’office de tourisme pour partir avec des livrets d’informations sur le territoire
  • Se procurer des guides de reconnaissance de la faune et la flore. Je vous propose de découvrir les guides Salamandre, conseillés par Laura et Seb des Globe Blogueurs et je leur fais complètement confiance à ce sujet 
  • S’informer sur des chaines youtube
  • Télécharger une application sur son téléphone pour identifier les différentes plantes que l’on croise. J’ai déjà testé Plantnet qui n’est pas mal du tout 
  • Prendre le temps d’écouter, de sentir, de toucher et d’observer la nature. On se met en mode permavoyageur et on apprécie tout ce qui nous entoure, on observe les couleurs, les odeurs, on écoute les oiseaux, on essaie de les distinguer. On s’immerge totalement

Alors, soyez vous aussi porteur de changement et pratiquez l’éco-tourisme en France lors de vos escapades nature !

tourisme solidaire

Idée reçue N°5 : Le tourisme durable c’est un tourisme solidaire

Nous finirons avec cette 5ème idée reçue : le tourisme durable c’est du tourisme solidaire et on se confronte à la même problématique que l’idée reçue n°4 ! Le tourisme solidaire est une forme de tourisme durable, mais le tourisme durable n’est pas du tourisme solidaire.

D’ailleurs, cette forme de tourisme est elle aussi assimilée à une idée reçue qui est que le tourisme solidaire est comme une mission humanitaire ! Ce n’est pas du tout le cas, et pour vous en convaincre voici la définition du tourisme solidaire selon l’OXFAM, « Le tourisme solidaire a pour but d’amener le touriste à une action concrète de solidarité. Cela peut revêtir différentes formes comme le soutien à un projet de développement par exemple. Il s’agit donc ici d’un tourisme participatif, où la première préoccupation est plus d’ordre social qu’environnemental. Le choix des partenaires se porte principalement sur les acteurs les plus défavorisés ».

Comparons-la à la définition de la mission humanitaire : « Une action humanitaire est la réponse d’un pays, organisation ou groupe de pays à la détresse d’une population. C’est souvent une réponse d’urgence à une situation de crise. Par exemple, les actions humanitaires abondèrent après le séisme en Iran ou le Tsunami en Asie…

L’action humanitaire peut aussi être déclenchée à la suite de conflits militaires. L’objectif est de sauver et de préserver les vies humaines. Les besoins immédiats des populations en crise tels que les besoins en nourriture, eau, vêtements, médicaments, soins médicaux et autres peuvent ainsi être satisfaits par le biais d’une action humanitaire. L’action humanitaire est régulée au niveau international par la Convention de Genève.»

Lorsque vous partez pour un voyage solidaire vous allez participer à des actions de développement qui serviront directement les populations locales. C’est une très belle forme de tourisme lorsque l’on veut agir pour les populations locales mais ce n’est pas une aide d’urgence qui nécessite plus de connaissances et de formation.

Je vous encourage à pratiquer le tourisme solidaire, notamment via l’éco-volontariat, mais faites attention. Ce tourisme est un business qui marche très bien et qui n’attire pas que des gens bien intentionnés. Le but est de servir les populations locales et pas seulement faire des actions pour faire des actions.

J’espère que cet article aura déconstruit quelques-unes de vos idées reçues sur cette façon de voyager. Je ne vous demande pas de tout gérer de suite, de tout faire parfaitement. D’ailleurs, je vous arrête tout de suite, vous ne serez jamais parfait dans votre démarche, ce n’est pas possible. Il y aura toujours des petites choses qui ne vont pas, qui ne sont pas parfaites. Parfois, vous n’aurez pas d’autre choix que de faire les choses un peu de travers et personne ne vous en voudra !

Voyager de façon durable et responsable c’est aussi une philosophie et un état d’esprit, alors prenez le temps de vous immerger dans le territoire que vous découvrez. Ouvrez les yeux et les oreilles, écoutez, prenez votre temps, discutez, échangez, partagez, ouvrez-vous au monde !

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