Agriculture urbaine et résilience alimentaire

Quand on pense agriculture urbaine, on a souvent l’image de fermes verticales avec des légumes cultivés en hydroponie (hors-sol) ou encore des fermes sur les toits. D’ailleurs, une partie de la plus grande ferme sur toit d’Europe – 14 000 mètres carrés – a été finalisée au printemps 2020 sur les toits du Parc des Expositions à Paris. On compte également une trentaine de fermes urbaines dans la capitale et pas loin de 400 en France. Cette méthode de production de fruits et légumes a bien souvent un coût plus élevé qu’à la campagne car il faut prendre en compte les éventuels problèmes de pollution des sols ou bien certaines contraintes physiques (poids des cultures, surfaces disponibles, rentabilisation de l’espace…). Toutefois, l’agriculture urbaine ne se résume pas aux fermes verticales sur toits avec des fruits et légumes cultivés hors-sol.

Faire pousser des plants de tomates et des salades au coin d’une rue, végétaliser les trottoirs de son quartier, placer des ruches sur le toit de son bâtiment ou encore élever des poules dans sa cour ou son jardin, voici quelques exemples d’agriculture urbaine accessible au plus grand nombre.

L’agriculture urbaine, c’est quoi ?

L’agriculture urbaine ou périurbaine peut être définie comme « une façon de cultiver à l’intérieur et/ou aux alentours des villes ». Cette dernière est parfois décrite comme étant « hors-sol » notamment grâce à l’hydroponie où l’on utilise un substrat neutre (sable, laine de roche, billes d’argile…) qui va être alimenté en nutriments et sels minéraux grâce à une irrigation régulière.

Parmi les différentes formes d’agriculture urbaine, on peut en compter trois qui mettent le consommateur en contact direct avec les aliments qu’il consomme.

Les jardins familiaux : il s’agit de parcelles louées par les municipalités à leurs résidents remplissant certaines conditions préalables.

Les jardins partagés : espaces réservés aux membres d’une association ou habitants d’un quartier/immeuble, ils choisissent collectivement les espèces cultivées, se partagent le travail et se répartissent les récoltes équitablement.

Les jardins d’insertion : dispositifs favorisant la réintégration de personnes en situation d’exclusion ou en difficultés sociales ou professionnelles, ils peuvent avoir des buts multiples : se former à un métier, créer un lieu d’échanges ou bien avoir un objectif pédagogique.

Selon de nombreuses études scientifiques, l’agriculture urbaine sous toutes ses formes pourrait nourrir au maximum 10% de la population des villes. Il faut cependant noter qu’il est compliqué de chiffrer le véritable potentiel de production alimentaire de ce type d’agriculture, notamment par manque de connaissances des surfaces disponibles.

Un phénomène de plus en plus populaire

Portée par la volonté des citoyens de se réapproprier l’espace public, de manger des aliments frais produits localement et sans pesticides, l’agriculture urbaine prend de plus en plus d’ampleur. Les consommateurs bien conscients d’être totalement dépendants des aliments de zones rurales, de l’industrie ou encore d’importations se tournent plus facilement vers des fruits et légumes locaux, un phénomène que nous avons pu constater lors du premier confinement au printemps 2020.

Cet engouement pour l’agriculture urbaine et les aliments de proximité coïncide également avec des mouvements tels que l’alimentation bio, végétale ou crue à base de produits non transformés.

Pour répondre à la demande de plus en plus croissante, les municipalités s’adaptent en encadrant ces pratiques pour le bien-être de tous. On voit fleurir de nombreuses initiatives destinées à végétaliser les villes, de nouveaux espaces sont alloués aux jardins familiaux, partagés ou d’insertion mais également des subventions pour faire l’acquisition de poules. Un retour du naturel en ville alors que jusqu’à la fin du 19ème siècle, avoir un potager ou encore un poulailler en plein centre n’avait rien d’excentrique.

Selon une récente étude de l’Ifop et l’Unep, 63% des Français disposent d’un jardin, qu’il soit privé ou partagé et près des trois quarts des moins de 35 ans l’utilisent pour faire pousser des fruits et légumes. Disposer d’un jardin n’est cependant pas obligatoire pour jardiner. En effet, 89% des Français détiendraient un espace pour faire pousser fruits et légumes. Qu’il s’agisse d’un balcon, d’une terrasse ou encore d’un rebord de fenêtre, il suffit de s’adapter en conséquence. Des alternatives excitent pour jardiner avec notamment l’association des Incroyables comestibles, les permis de végétaliser délivrés par les municipalités ou encore les jardins partagés.

L’agriculture urbaine : de nombreux bénéfices sociaux et environnementaux

Face aux enjeux climatiques, l’agriculture urbaine peut s’avérer être une solution simple et économique en terme de sécurité alimentaire, santé publique et stabilité sociale. En effet, la prolifération de jardins partagés, familiaux ou d’insertion tout comme des fermes urbaines peuvent palier aux déserts alimentaires dans lesquelles de nombreux quartiers défavorisés se trouvent.

En plus d’améliorer la sécurité alimentaire, les potagers urbains possèdent de nombreux avantages tels que :

  • La transformation de lieux inesthétiques en espaces horticoles
  • La contribution à réduire les îlots de chaleur
  • La protection de la biodiversité
  • Le renforcement de la cohésion sociale
  • La sensibilisation de la population aux réalités et à l’importance des productions agricoles
  • La création d’emploi et l’insertion professionnelle

Il s’agit donc d’une façon de jardiner beaucoup plus responsable en diminuant les émissions des CO2 ainsi que les coûts de production. L’opportunité de cultiver la terre en contrôlant la provenance des produits que l’on consomme s’accompagne inévitablement d’une certaine forme de fierté. On s’est occupé de nos cultures et on peut déguster le fruit de nos efforts.

Toutefois, on ne peut pas s’improviser jardinier du jour au lendemain. Il est important de créer des réseaux pour faciliter le partage de connaissances à travers des formations sur l’aménagement des jardins ou bien des conseils sur la meilleure façon d’optimiser ses cultures afin de limiter le gaspillage. Ce type de connaissances peuvent bien évidemment être trouvées dans des livres mais de nombreuses jardineries proposent des cours gratuits et Internet regorge de vidéos et articles plus ou moins exhaustifs sur le sujet.

Enfin, il est important de souligner que le Conseil économique social et environnemental (CFE) a formulé une liste de recommandations concernant l’agriculture urbaine le 12 juin 2019. Selon lui, il est nécessaire de développer une politique ambitieuse pour soutenir les projets d’agriculture urbaine au service des transitions nécessaires pour que nos villes restent « vivables ».

Le CFE préconise ainsi de

  • Soutenir une agriculture urbaine responsable, inscrite dans une perspective de villes résiliantes
  • Accélérer la transition alimentaire en renforçant les liens entre comportements alimentaires, agriculture locale et préservation de l’environnement
  • Offrir à l’agriculture urbaine les espaces nécessaires pour permettre son déploiement
  • Renforcer les liens sociaux, l’interdépendance et le lien à la nature
  • Mobiliser la formation et la recherche pour faire de l’agriculture urbaine un outil efficace d’amélioration de la résilience agricole et alimentaire

Peu importe l’espace dont vous disposez pour faire pousser quelques aromates, des fraises ou encore des pieds de tomates, les alternatives pour cultiver vos propres fruits et légumes sont nombreuses. N’hésitez pas à vous renseigner auprès d’associations ou de professionnels.

Vous avez des récoltes en trop ? Pas de panique ! Pourquoi ne pas en donner à vos voisins, les mettre à disposition dans des frigos solidaires ou bien encore les conserver ? L’occasion de s’essayer à la technique ancestrale de la lactofermentation

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