Compensation carbone : planter des arbres ne nous sauvera pas.

Dispositifs devenus à la mode, les compensations carbone (notamment celles consistant à planter des arbres de façon massive) sont désormais utilisées en tant qu’arguments marketing dans de nombreux domaines. De l’aéronautique à l’industrie de la mode en passant par le voyage, il est même possible de planter des arbres en effectuant des recherches sur Internet (Ecosia) ou bien d’en offrir en cadeau (Reforest’Action). Une solution miracle pour continuer de consommer en préservant l’environnement ? Pas vraiment…
Quelles sont les limites de cet engouement pour la compensation carbone ? La reforestation est-elle une alternative viable ?

Société industrielle et pollution
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La compensation carbone : un marché lucratif

Dans une tribune parue en juin 2019, l’ONU Environnement annonçait qu’il nous faudrait réduire nos émissions de CO2 d’au moins 45% d’ici à 2030 afin d’éviter des changements planétaires catastrophiques. Un pourcentage dont nous sommes très loin. La France a par exemple renoncé à diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre, optant pour la « neutralité carbone ». Or, selon les spécialistes dans le domaine, la compensation peut être nécessaire seulement à condition que les émissions baissent. Le principe de ce dispositif de contrebalancer ses émissions carbone en finançant des projets voués à réduire le taux de CO2 dans l’air est utile tant que les différentes industries continuent leur transition vers un mode de production plus respectueux de l’environnement. C’est bien là que le bât blesse.

Cette capacité qui nous a été fournie de pouvoir se donner bonne conscience tout en perpétuant nos comportements d’achat contribue à enrichir certains aux dépens de la crise climatique. Bien souvent il s’agit d’une simple communication d’intention de la part des entreprises sans réelles transformations : du greenwashing. En effet, selon les résultats d’une étude apparaissant dans la revue de l’American Geophysical Union, Earth’s Future, la compensation carbone est devenue une banale opération de relations publiques. Un marché très lucratif dont les solutions proposées sont à la fois insuffisantes et irréalistes compte tenu de la gravité de la situation.

Bien qu’il y ait des règlementations en la matière, les entreprises se lancent surtout dans ce milieu, en communicant massivement, pour répondre à la pression exercée par leurs consommateurs et employés. Une bonne stratégie marketing quand on sait que la protection de l’environnement est la première préoccupation de 52% des Français.

On peut prendre l’exemple de compagnies aériennes telles que Hopper qui prévoit de planter 6 millions d’arbres en 2020 ou encore des marques de la « fast fashion » avec 100 000 arbres pour H&M. Des actions auxquelles viennent bien souvent s’ajouter d’autres mesures telles que de l’anti-gaspillage ou la suppression du plastique à usage unique (Air France) et l’investissement dans la recherche pour la transformation du tissu recyclé en matière première (H&M). D’autres organisations comme l’ATR (Agir pour un tourisme responsable) souhaitent compenser 100% de leurs émissions de CO2 (en interne comme pour leurs clients) sur le long terme en finançant des initiatives de solidarité climatique. Se pose alors la question de la viabilité et de l’authenticité des projets financés par la revente de crédits carbone. Face au manque de transparence présent sur ce marché, tant au niveau des volumes échangés que des prix pratiqués, des cabinets tels que EcoAct et Aera sortent du lot en se conformant à des standards internationaux reconnus. Ils s’assurent ainsi que le projet a bien vu le jour dans les conditions et avec les impacts environnementaux prévus.

Qu’il s’agisse de réelles intentions de réduction de ses émissions carbone ou bien d’un coup de comm’ pour déculpabiliser sa clientèle, les actions de reboisement ont la côte. Des programmes cependant trompeurs car les arbres plantés sont loin d’absorber tout le CO2 présent dans l’atmosphère.

→ En savoir plus sur la compensation carbone.

Compensation carbone : planter des arbres
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Déforester pour planter un arbre ?

Actuellement, la plus grande partie des initiatives de compensation carbone sont constituées de projets de plantations, d’agroforesterie ou encore de préservation de la forêt. Si on observe une omniprésence de ces solutions c’est principalement car l’arbre en lui-même a un fort pouvoir émotionnel sur l’imaginaire collectif. Symbole de vie, il est d’une utilité indéniable dans la nature. En effet, certaines espèces peuvent stocker jusqu’à 50% du carbone de la biomasse. Toutefois, malgré leur capacité de capter le CO2 ils ne peuvent se substituer à des politiques climatiques engagées. Gardons en tête que pour pouvoir bénéficier des effets de la plantation il faudra attendre quelques décennies, rendant le problème des émissions de gaz à effet de serre toujours d’actualité. Le CO2 émit par un avion est immédiat et contribue à l’aggravation du réchauffement climatique, il n’attend pas.

Non seulement le fait de planter un arbre n’aide pas à compenser rapidement le carbone produit mais en plus les projets certifiés sont peu nombreux car leur issue est par nature plus aléatoire que le simple financement d’une installation de panneaux solaires par exemple. Plus chère et plus compliquée à certifier, cette alternative nécessite de s’assurer que l’arbre planté sera bien entretenu. Ce dernier étant également sensible aux effets du dérèglement climatique (sécheresses, maladies) ou pouvant être la proie d’incendies cela annulerait les efforts déployés pour le reboisement. Ajoutons-y le coût élevé que peut représenter le reboisement à grande échelle avec ses émissions supplémentaires pour la plantation mais aussi l’entretien.

C’est l’arbre qui cache la forêt. Véritable marché sur lequel tout le monde veut se positionner pour bénéficier de subventions d’entreprises et/ou institutions dans le besoin d’une image responsable et respectueuse de l’environnement. L’offre certifiée dépassée par la demande, on observe de nombreuses dérives. Plantations industrielles ne correspondant pas aux besoins locaux, aucune importance accordée au choix des essences plantées, désintérêt pour la biodiversité déjà en place, risque de concurrence avec les terres agricoles présentes…

Une solution devenue irréaliste. Si l’on voulait compenser toutes nos émissions carbone en plantant des arbres on serait forcés de détruire tous les écosystèmes naturels de la planète. Une véritable catastrophe pour l’environnement et la biodiversité.

Zéro déchet et environnement
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Moins émettre pour mieux compenser

Il existe bien évidemment d’autres projets visant à compenser le carbone émit : amélioration de l’efficacité énergétique, remplacement de combustibles fossiles, développement d’énergies renouvelables ou autres innovations technologiques de captation du CO2. Toutefois, le concept même sur lequel repose la compensation carbone se limite à une petite fraction des émissions planétaires. Le plus souvent, ces projets ont lieu dans des pays en voie de développement qui n’émettent que 40% du CO2 mondial. Ainsi, nous payons des habitants de ces pays émettant moins que nous pour émettre encore moins.

Pour compenser et réduire utilement son empreinte carbone assurons-nous que le projet n’aurait pas pu voir le jour sans ce financement. Changeons notre façon de consommer et de produire de l’énergie. Limitons nos déplacements en avion pour privilégier des modes de transports plus doux. Engageons-nous, poussons nos représentants légaux à réduire le CO2 et n’oublions pas les petits gestes du quotidien à la fois bons pour notre porte-monnaie et la planète.

Quelques exemples de gestes à appliquer :

  • Baisser la température l’hiver de 1°C permet d’économiser jusqu’à 10% de votre consommation d’énergie.
  • Utiliser le moins possible la climatisation en voiture, votre consommation d’essence augmentant de 20%.
  • Manger le moins de viande possible, notamment du boeuf (1kg de boeuf équivaut à 4kg de carbone).
  • Acheter une petite voiture.
  • Réduire nos trajets en avion (1 aller-retour Paris/NewYork représente 1/3 de l’émission annuelle d’un Français tous gaz à effets de serre confondus).
  • Consommer local, de saison, chez des producteurs de proximité et en utilisant un moyen de transport doux.
  • Baisser la température au maximum chez soi, de 22°C à 19°C cela permet d’économiser jusqu’à 30 ou 40% en chauffage.
  • Prendre les transports en commun ou faire du co-voiturage.
  • Isoler thermiquement sa maison réduit votre consommation de 70%.
  • Ne plus acheter de bouteilles en plastique.
  • Prendre le train plutôt que la voiture pour les trajets d’une petite centaine de kilomètres.

Vous avez d’autres astuces ?

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