Réseaux sociaux et tourisme

Quels impacts sur notre environnement ?

Avec 38 millions d’utilisateurs actifs en France (ce qui représente 58% de la population), les réseaux sociaux tendent à prendre de plus en plus de place dans nos vies. Devenus outils de communication, instigateurs de changements et de partages tout en renforçant le culte de l’image (et de notre ego au passage), ils sont présents dans tous les domaines. L’arrivée des marques sur ces plateformes et l’émergence du métier d’influenceur ont largement contribué à révolutionner nos habitudes de consommation et ce jusque dans notre façon de concevoir nos vacances. 

Alors quelle place jouent les réseaux sociaux dans la planification de notre prochain voyage ? La quête perpétuelle du plus beau cliché est-elle une menace pour notre environnement ?

Nombre de voyages dans le monde
source : DATAGUEULE

À l’ère 2.0 on ne parle plus de « tourisme de masse » mais plutôt de « tourisme du like »

Le tourisme sur les réseaux sociaux c’est : 11 clichés partagés chaque seconde avec le # (hashtag) « nature », le mot-clef « travel » (voyage en anglais) récolte pas moins de 509 millions de résultats et occupe la troisième place en terme de fréquence d’utilisation. 

Il est devenu un produit de grande consommation, aidé de plateformes telles qu’Instagram et Pinterest. On vient à la fois y chercher des idées (42% des voyageurs français déclarent être influencés par Instagram dans leur recherche de séjour et le réserver en fonction de son potentiel « instagrammable ») mais aussi pour documenter ses vacances et laisser une trace en ligne tout en collectant les likes. 

C’est justement dans le but de capter ces touristes avides de partager leurs expériences que de plus en plus de collectivités et territoires créent leur propre compte sur les réseaux. En ayant recours à ces plateformes, ils peuvent à la fois séduire le voyageur en lui proposant des services qui vont répondre à ses attentes mais aussi satisfaire les besoins de leurs citoyens et entreprises locales. L’option de géolocalisation est un outil de plus pour créer l’effervescence autour d’une destination et toucher un plus large public en regroupant posts et vidéos d’amateurs ou professionnels. 

Bien loin des agences de voyages traditionnelles et leurs clichés idylliques, les réseaux sociaux sont perçus comme une façon d’appréhender un lieu sous un angle nouveau, plus spontané et « réaliste ». On y a accès à une source d’informations intarissable : espaces naturels, spécialités gastronomiques, activités, culture… ; idéal pour découvrir de nouvelles destinations et construire son prochain voyage dans les moindres détails en s’inspirant des plus grands influenceurs du milieu. Cependant, malgré l’intérêt qu’ils peuvent avoir pour les collectivités et les voyageurs en quête de nouveaux horizons, les réseaux sociaux mettent en lumière des sites ou lieux qui étaient jusqu’alors ignorés du tourisme de masse.

Tourisme de masse : façon de voyager apparue dans les années 60 suite à la généralisation des congés payés dans de nombreux pays industrialisés. Par modes et habitudes, certaines destinations sont privilégiées au détriment d’autres et l’on estime à présent que 95% des touristes mondiaux se concentrent sur 5% des terres émergées. En 2020 c’est même le terme de « surtourisme » qui pourrait s’imposer tant la situation devient problématique dans de plusieurs lieux et villes.

Le surtourisme à Venise
Jaroslaw Moravcik - Shutterstock

Photos de vacances : l’envers du décor

La démocratisation de certaines destinations engendre de nombreuses problématiques : congestion piétonne, gentrification, muséification, surpopulation, nuisances multiples, incivilités…

On peut citer l’exemple de Dubrovnik en Croatie, dont la fréquentation a explosé depuis la série Game Of Thrones à tel point qu’en été il faut parfois patienter plus d’une heure pour entrer dans la vieille ville. Il y a aussi la bien trop populaire Venise qui accueille pas moins de 80 000 touristes par jour (alors que l’on estime sa capacité d’accueil à 20 000) dont la municipalité tente tant bien que mal de gérer le flux. Si certaines villes sont dépassées par leur attrait, imaginez un peu à l’échelle d’un magasin ou d’un restaurant. C’est l’engouement extrême pour son cheeseburger (élu comme le « meilleur des Etats-Unis » par le site Thrillist en 2016) qui a poussé la brasserie Stanich’s (Portland, Oregon) à fermer ses portes en 2018 après 69 ans d’existence. 

Le tourisme génère de nouveaux défis pour les collectivités et établissements touchés mais engendre également de nombreuses situations cocasses. En 2018, des touristes s’étaient plaints de la gêne occasionnée par les cigales en demandant aux hôteliers d’en réduire le volume, en Colombie-Britannique certains voulaient trouver la rivière dans laquelle le saumon fumé vivait, ou encore à Toronto des voyageurs cherchaient à savoir l’heure exacte à laquelle les aurores boréales étaient allumées.

Ces exemples cocasses sont parfois le reflet de l’idéalisation d’une destination provoquée par Internet et les réseaux sociaux. Plateformes basées sur l’image, il est très facile de n’y publier que ses meilleurs clichés, déformant ainsi la réalité. La course aux likes, aux abonnés ou bien la volonté de créer le buzz en prenant la plus belle photo peut pousser à la prise de risques, au non respect des règles, allant parfois jusqu’à déranger le quotidien des locaux et même menacer la biodiversité d’un lieu.

C’est par exemple le cas de la rue Crémieux à Paris, prise d’assaut par les instagrammeurs du monde entier pour ses façades colorées, obligeant la mairie à prendre des dispositions mais aussi celui des collines aux coquelicots du Lake Elsinore aux Etats-Unis, fermées après seulement un week-end d’ouverture en 2018 car le lieu avait été largement piétiné et de nombreuses fleurs cueillies pour « avoir de belles photos ». 

Le tourisme du like
source: insta_repeat

« Partager quelque chose c’est risquer de le perdre. » Vlog Brothers

Si ces lieux que je viens d’évoquer pâtissent de leur succès c’est en partie car ils ont été mis en avant sur Internet, parfois dans une course aux likes ou à la photo la plus originale qui saura se démarquer des dizaines de milliers déjà existantes. Ces beaux clichés cachent bien souvent une toute autre réalité : files d’attente bruyantes, dégradations multiples, trafic conséquent et pollutions. 

On ne compte plus le nombre d’espaces naturels dont l’accès a été restreint ou bien les mesures prises afin de préserver ces lieux que le surtourisme menace. On peut retrouver pelle-mêle la plage de Maya Bay en Thaïlande (rendue célèbre par le film La plage)fermée en 2008 car son environnement se dégradait rapidement, l’interdiction de ramener du sable ou des coquillages en souvenir des plages de Sardaigne, le risque d’effondrement des murs du Machu Picchu provoqué par un piétinement incessant des visiteurs ou encore la librairie Lello à Porto (Portugal) qui, malgré son immense popularité, était au bord de la faillite en 2014.

La géolocalisation peut provoquer une arrivée soudaine d’un flot de touristes peu respectueux dont le nombre conséquent et les déchets vont directement menacer la faune et la flore. Il s’agit bien souvent d’espaces isolés qui du jour au lendemain vont être envahis par des milliers de curieux alors qu’ils ne possèdent pas les infrastructures adaptées et dont le personnel (quand il y en a) va être dépassé par les événements.

Le simple fait de publier en ligne la photo d’un espace naturel participe à sa disparition. En identifiant sa position ou par l’utilisation de hashtags précis, ces paysages idylliques qui étaient éloignés des sentiers battus deviennent progressivement une destination prisée qui va se retrouver sur la liste des lieux à voir/faire incontournables.

Partir à l'aventure avec le slow tourisme
source : unsplash

Pour l’introduction d’un tourisme plus « sauvage »

Certains lieux et villes tentent de s’adapter comme ils peuvent. 

Applications mobiles indiquant en temps réel le niveau de congestion piéton et proposant des chemins alternatifs, interdiction de s’asseoir dans le centre historique, accès aux monuments et places payants, limitation du nombre de visiteurs, fermetures périodiques… Ce ne sont pas les solutions qui manquent.

Côté protection de l’environnement, face à l’ampleur du phénomène, l’ONG WWF a lancé, le 15 juillet dernier, le mouvement « I protect nature » (Je protège la nature), une géolocalisation fictive renvoyant au siège social français de l’organisation. Le but de cette campagne ? Réduire le phénomène du « tourisme du like » et sensibiliser les utilisateurs des réseaux sociaux, tout comme le grand public, à la protection et la préservation des sites naturels en conservant leur localisation secrète. Ciblant principalement la pollution plastique de nos mers et océans, elle offre par la même occasion un outil de communication militant aux internautes. 

Acte de protection de l’environnement, ne pas utiliser la géolocalisation a l’avantage de pousser à l’aventure. Quand on sait l’impact que possèdent les réseaux sociaux dans le choix de la prochaine destination de voyage chez certains français, rester évasif en publiant notre dernier cliché va ouvrir le champ des possibles. Faire de ses vacances une petite chasse aux trésors naturels en explorant pleinement la région visitée, mettre de côté son GPS et s’autoriser à se perdre au gré des beautés architecturales ou végétales environnantes, partir en zone blanche, oublier les destinations phares et partir à l’aventure…

Cela peut nous donner l’occasion de promouvoir de nouvelles pratiques et formes de tourisme. 

Qu’il s’agisse de mettre en avant des lieux qui prônent un voyage moins digitalisé, des hébergements éco-responsables s’inscrivant parfois dans une dynamique éco-éducative (Village des oiseaux en Savoie par exemple), des modes de transports plus doux ou encore des découvertes qui nous apporterons connaissances et belles rencontres, de nombreuses solutions sont à notre disposition.

Cette façon alternative de voyager appelée « Slow Tourisme » (tourisme lent) prône justement le fait de prendre son temps afin d’explorer un lieu ou sa région en profondeur. Bien loin des voyages où on enchaîne les kilomètres en peu de temps pour voir un maximum de choses. Le « je l’ai vu, j’y étais », attesté par une simple photo, instantanément postée sur les réseaux, avant de reprendre la route pour des heures, n’a plus de sens. Cette nouvelle vision des vacances s’oriente bien plus autour de valeurs telles que la connexion avec la culture et le mode de vie local, la découverte et la préservation de l’environnement. À pratiquer à l’autre bout du monde ou à 1h de route de chez soi, c’est le mode de voyage idéal pour éviter le tourisme de masse, sa foule et son stress. 

Si les réseaux sociaux nous inspirent, qu’ils nous ouvrent au monde et aident à nous tenir informés, ils peuvent en faire de même pour les destinations menacées par le surtourisme.

Grâce à leur puissants algorithmes, la plateforme concernée peut prévenir les responsables d’un site connaissant un engouement soudain afin qu’ils puissent se préparer en prenant les dispositions nécessaires à sa préservation. Encore une solution de plus…

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